07 janvier 2009
1998 - Mercredi 14 Octobre
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Je joue du piano, façade relevée pour absorber de plein fouet les multitudes de sonorités que produit l'instrument. Il fait déjà sombre alors que la soirée n'a même pas débutée, mais je ne m'en aperçois pas car j'ai les yeux fermés. Je joue. Plaquant des accords, arpégeant des gammes, je décris à mon tendre ami, ma journée. Je produit identiquement les sensations de la journée en jouant sur les couplages de notes. Je retranscrit avec un maximum de fidélité les sensations que j'ai ressenti cet après-midi. Mon instrument me répond avec enchantement et m'invite a poursuivre mon histoire:
J'ai croisé une jeune fille, une très belle humaine, qui aime se faire appeler Viou. Une sonorité étrange, qui parait complètement étrangère et déstabilisant. Pourtant, il n'y a pas que cette particularité qui m'a charmé chez elle. Tout son être, son comportement, sa manière de sourire, de parler, de regarder, m'intriguait, et me plaisait. Nous étions au complexe sportif, à regarder un match de hand, et elle se tenait à environ 10 mètres de moi, légèrement devant. Du haut des gradins du fond, je la contemplait et oubliait complètement le match. C'est l'ami qui m'accompagnait qui m'a révélé son étrange nom...
Bref, il ne se passa rien de plus, je n'alla jamais lui parler, et dès qu'elle fit mine de se tourner dans ma direction, je l'ignora, et détourna mon regard. Je ne voulais pas en savoir plus sachant que j'étais persuadé que je serais déçu en tentant d'en apprendre plus sur elle. Et puis surtout, je n'ai que 13 ans. Je suis un gamin, je ne sais pas m'adresser au filles...
Le piano rétorque d'une telle vibration qu'il fausse complètement mon ré dièse et me déstabilise au point d'avoir un instant d'hésitation avant de continuer. J'entame alors des excuses et lui explique que je préfère être seul, je préfère conserver le rêve, et poursuivre mes histoires dans cet esprit, avec cette Viou. Mon journal intime sonore poursuit son entêtement à ne pas comprendre et j'arrête d'un coup sec de jouer. C'est le seul moyen que je trouve pour le faire taire. Il ne comprend pas que je n'aime pas la vie. Je n'aime pas les couleurs, les contacts, les échanges. Mais je déteste aussi la mort, le vide, et le néant. Je suis misanthrope et je suis un rêveur.
Par des craquements de bois, je comprends que mon ami de toujours me supplie de lui rendre la parole. Il change de discours et me parle d'une telle force que je n'ai qu'à plaquer un accord, pour qu'il use d'une infinité de distorsions et m'inculquer sa vision. Il me réclame LA parole. Je m'exécute et je tapote à 92 à la noire des croches de sol au centre du clavier, pour être le moins influent possible dans ses propos. De toute sa puissance, il hurle à la vie, à la lumière et à la liberté.
Je connais ces incantations. Il a imposé mon silence plus d'une fois pour me mettre en transe, et atteindre un nouveau niveau de dialogue. Il va me faire apparaître par visions, des images et des émotions pour me transmettre ses pensées. C'est ainsi qu'il procède lorsqu'il désire me faire entendre par les Esprits. Enfin c'est ce que je crois, car c'est difficile d'interpréter, de comprendre...
Mon piano me recouvre, m'enduit, applique avec patience et précision une protection. Une protection pour ne pas devenir fou, une barrière pour conserver mon corps humain, et ne pas m'envoler dans les méandre de la folie. Car lorsqu'on entre en transe, on est tenté de rejoindre les Êtres de Lumière. Tout parait si beau, chez eux... Mais ils semblent si éloignés... Au delà des montagnes, des océans, des planètes, des galaxies... Au delà des étoiles...
Et la, elle transperce le monde.
Elle traverse mon piano comme s'il n'était fait que de brume. Elle marche droit devant elle, battant lentement de ses ailes de fées. Elle s'approche de moi lentement, s'avance dans ma direction avec douceur en me fixant de ses yeux noisettes. Elle brise mes rêves les plus fou, me paralyse, contredit toutes mes théories et écrase complètement ma manière de voir le monde.
Une fée se tient là. Debout sur le clavier de mon journal intime. Ailes repliées, elle me contemple. Un être hors du commun, que je n'arrive pas à identifier. elle n'est ni un animal, ni un végétal, ni une humaine, ni une pierre, ni un piano... Nue, a la crinière blonde, elle me révele son nom: Estelleïthian.
Hypnotysé par sa présence, je l'écoute s'adresser à moi dans la même langue que mon intime piano. Elle me raconte son histoire.
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